Il y a des périodes où tout ce qui nous allait jusque-là commence à piquer : le travail, certains amis, notre couple, nos projets, jusqu’à cette version de nous-même que nous avions pourtant mis des années à construire. Dans les traditions spirituelles, on appelle parfois cela une « nuit noire de l’âme ». Dit autrement : quelque chose en nous est devenu trop grand pour cette vie que nous menions jusque-là. Et le passage vers la suite peut être franchement inconfortable.
La « nuit noire de l’âme » n’est pas un diagnostic médical. L’expression vient de la tradition mystique chrétienne, notamment de Jean de la Croix, et sert aujourd’hui plus largement à décrire certaines périodes de perte de sens, de remise en question et de transformation intérieure.
Une perte profonde de sens peut aussi être le symptôme d’une dépression. Lorsque le désespoir, l’apathie, les troubles du sommeil, la perte d’intérêt ou les difficultés à fonctionner deviennent importants ou durables, mieux vaut en parler à un professionnel de santé plutôt que de tout interpréter uniquement comme une étape spirituelle, cela va de soi.
Comment reconnaître une nuit noire de l’âme ?
Vous continuez à aller travailler, à répondre « hahaha » dans les groupes WhatsApp et à acheter du liquide vaisselle. Extérieurement, rien de très spectaculaire.
À l’intérieur, en revanche, vous avez parfois l’impression d’avoir été parachuté dans la vie de quelqu’un d’autre.
Des choses que vous vouliez énormément vous laissent froid. Des gens que vous adoriez voir vous fatiguent. Une soirée libre commence à sembler plus attirante qu’un dîner prévu depuis trois semaines. Et cette question légèrement embarrassante parce qu’elle arrive sans mode d’emploi (parfois en plein milieu de l’apéro collègues du vendredi) : qu’est-ce que je fout là ?
Certains parlent d’un « effondrement des anciennes structures intérieures ». L’expression est grandiose, le phénomène, lui, est assez banal : parfois, la personne que vous êtes devenue ne colle plus avec la vie construite par celle que vous étiez.
Le moment où votre ancienne vie commence à vous aller comme un jean taille 36
Et pour cause, quand on y regarde de plus près, nos vies sont pleines de décisions ou d’idéaux anciens.
Le métier choisi à 23 ans. La manière dont on s’est comporté depuis l’enfance dans sa famille. Le rôle que l’on a pris dans son couple au moment de la passion. Les amis avec lesquels on sort depuis toujours. Une définition très précise de ce qu’était censée être une « vie réussie » gravée dans notre inconscient par 15 années sur les bancs de l’école (ou par les séries Netflix).
Puis on change.
Pas forcément à cause d’un événement spectaculaire. Une rupture, un deuil ou un burn-out peuvent accélérer les choses, mais parfois il ne se passe absolument rien (et c’est peut-être encore plus perturbant). On réalise simplement que l’on continue à poursuivre quelque chose parce qu’on avait décidé autrefois que cela nous rendrait heureux.
Et que, curieusement, ça ne marche plus.
Pourquoi la nuit noire de l’âme donne parfois envie de voir moins de monde
L’un des phénomènes les plus fréquents pendant ces périodes est une envie inhabituelle de solitude.
Pas nécessairement de partir méditer six mois dans l’Himalaya, mais juste de ne pas aller à ce verre jeudi soir.
Car oui, certaines conversations deviennent fatigantes parce qu’elles nous replacent immédiatement dans une ancienne version de nous-mêmes. Comme celui qui rassure tout le monde, celle qui fait rire, celui qui dit toujours oui, celle qui écoute pendant deux heures les problèmes amoureux de quelqu’un et rentre ensuite chez elle avec la sensation d’avoir effectué un service après-vente émotionnel…
Sachez que vous AVEZ LE DROIT d’écouter cette envie de silence sans immédiatement conclure que vous êtes devenu misanthrope.
Le silence est parfois simplement l’endroit où l’on recommence à entendre ses propres goûts sans être pollué par les autres (la définition du luxe ?)
Le piège : décider de refaire toute votre vie mardi prochain
Évidemment, une fois que tout commence à sembler faux, une idée arrive très vite : tout changer.
Quitter votre boulot, quitter votre conjoint, quitter Paris, ouvrir une maison d’hôtes au Portugal alors que vous détestez recevoir des gens chez vous.
Certaines de ces idées seront peut-être excellentes… attendez juste qu’elles résistent un peu au temps !
Comment traverser une nuit noire de l’âme sans tout envoyer valser
Écrivez les grandes décisions que vous aimeriez prendre tout de suite maintenant, regardez si elles vous semblent toujours justes deux semaines plus tard.
La plupart des vérités importantes supportent bien quinze jours !
Commencez par repérer ce qui vous fait du bien après
Pas pendant, mais APRÈS. C’est une distinction assez utile. Explication :
Il existe beaucoup de choses agréables sur le moment qui nous laissent étrangement vides ensuite : scroller une heure, revoir quelqu’un que l’on sait mauvais pour nous, accepter un dîner parce qu’on avait peur de rater quelque chose.
À l’inverse, certaines choses demandent un petit effort et nous laissent beaucoup mieux après : marcher, voir une personne précise, cuisiner, danser, travailler sur quelque chose qui nous intéresse vraiment, passer deux heures seul.
Pendant une semaine, observez simplement cela, et demandez-vous : après quoi est-ce que je me sens davantage moi-même ? La réponse est souvent beaucoup plus instructive qu’un test de personnalité en 72 questions.
Arrêtez de vous demander ce que vous devez faire « de votre vie »
Personne ne trouve une bonne réponse à une question aussi énorme.
Essayez plutôt :
Qu’est-ce que je continue à faire uniquement parce que j’ai toujours fait ça ?
Puis :
Qu’est-ce qui me manque depuis longtemps ?
Les réponses ne ressemblent pas forcément à une révélation spirituelle.
Peut-être que vous avez besoin d’un travail moins prestigieux et de davantage de temps. Peut-être que vous avez besoin de voir certains amis moins souvent. Peut-être que vous voulez recommencer à dessiner, partir seul trois jours quelque part ou arrêter de raconter votre vie à quelqu’un qui n’en prend jamais soin.
Une existence change souvent à partir de préférences minuscules auxquelles on recommence enfin à accorder du crédit.
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Combien de temps dure une nuit noire de l’âme ?
Il n’existe aucune durée universelle, puisque la nuit noire de l’âme n’est pas un processus défini scientifiquement. Le repère le plus utile reste l’évolution de votre état : est-ce que certaines choses recommencent progressivement à avoir du sens, à susciter de l’intérêt ou à donner envie d’avancer ?
Et si vous ne savez toujours pas ce que vous voulez ?
C’est probablement normal. Le passage le plus inconfortable est souvent celui où l’ancienne version de votre vie a cessé de vous convaincre et où la suivante n’existe pas encore. Certains textes spirituels parlent d’un « désert », d’une page blanche après l’effondrement de ce qui existait auparavant.
Une page blanche a un défaut assez évident : elle ne vous dit absolument pas quoi écrire. Alors, pendant quelque temps, faites plus petit.
Dormez correctement. Mangez. Marchez. Voyez les gens auprès desquels vous n’avez pas besoin de devenir quelqu’un. Faites moins de choses qui remplissent artificiellement chaque silence. Et notez les envies qui reviennent (sur ce journal bien-être par exemple).
Vos notes vous permettront de réaliser que vous n’avez peut-être pas perdu le fil, mais êtes peut-être tout simplement arrivé à l’endroit où l’ancien scénario s’arrête…
Dans la tradition spirituelle, c’est justement ainsi que l’on retrouve sa direction : en prêtant attention à ce qui recommence spontanément à nous attirer, même lorsque cela paraît minuscule ou sans importance.
Et si le message de la nuit noire de l’âme, c’était justement d’apprendre à tendre l’oreille, chaque jour, à chaque instant ? Et d’honorer la direction « l’Inspiration » (oui avec un I majuscule) : cette bénédiction sous-cotée que personne ne nous a jamais vraiment appris à écouter.
