Il y a des périodes où tout ce qui nous allait jusque-là commence à piquer : le travail, certains amis, notre couple, nos projets, et même cette version de nous-même que nous avions pourtant mis des années à construire. Dans les traditions spirituelles, on appelle cette sensation une « nuit noire de l’âme » : quelque chose en nous n’est plus aligné à cette vie que nous menions jusque-là. Et le passage vers la suite peut être franchement inconfortable…
Pour l’anecdote, l’expression « nuit noire de l’âme » vient de la tradition mystique chrétienne, notamment de Jean de la Croix, ce n’est donc pas un diagnostic médical. Mais depuis quelques années, elle est devenue à la mode dans le « milieu spirituel » pour décrire certaines périodes de perte de sens, de remise en question et de transformation intérieure. Évidemment, une perte profonde de sens peut aussi être le symptôme d’une dépression, alors si le désespoir, l’apathie, les troubles du sommeil, la perte d’intérêt ou les difficultés à fonctionner deviennent durables, mieux vaut en parler à un professionnel de santé plutôt que de tout interpréter uniquement sous un prisme « new age » !
Comment reconnaître une nuit noire de l’âme ?
Rien d’extravagant, vous continuez à aller travailler, à répondre « hahaha » dans les groupes WhatsApp et à acheter du liquide vaisselle. Extérieurement, tout vas bien, à l’intérieur en revanche, vous avez parfois l’impression d’avoir été parachuté dans la vie de quelqu’un d’autre.
Des choses que vous vouliez énormément vous laissent froid. Des gens que vous adoriez voir vous fatiguent. Une soirée libre commence à sembler plus attirante qu’un dîner mondain. Et cette question légèrement embarrassante parce qu’elle arrive sans mode d’emploi (en plein milieu de l’apéro collègues du vendredi) : qu’est-ce que je fout là ?
Certains parlent d’un « effondrement des anciennes structures intérieures ». Une expression grandiose pour un phénomène finalement banal : parfois, la personne qu’on est devenue ne colle plus avec la vie construite par notre « ancien nous », on a tout simplement évolué.
Le moment où votre ancienne vie commence à vous aller comme un jean taille 36
Et pour cause, quand on y regarde de plus près, nos vies sont pleines de décisions ou d’idéaux et conditionnements anciens. Le métier choisi à 23 ans. La manière dont on s’est comporté depuis l’enfance dans sa famille. Le rôle que l’on a pris dans son couple au moment de la passion. Les amis avec lesquels on sort depuis toujours. Notre définition précise de ce qu’était censée être une « vie réussie » gravée dans notre inconscient par 15 années sur les bancs de l’école.
Puis la vie passe et on change, et pas forcément à cause d’un événement spectaculaire. Une rupture, un deuil ou un burn-out peuvent accélérer les choses, mais parfois il ne se passe absolument rien (et c’est peut-être encore plus perturbant). On réalise simplement que l’on continue à poursuivre quelque chose parce qu’on avait décidé autrefois que cela nous rendrait heureux. Et que, finalement, ça ne marche pas ou plus.
Pourquoi la nuit noire de l’âme donne parfois envie de voir moins de monde
L’un des phénomènes communément admis pendant cette période est une envie inhabituelle de solitude. Pas nécessairement de partir méditer six mois dans l’Himalaya, mais juste de ne pas aller à ce verre jeudi soir.
Car oui, certaines conversations deviennent fatigantes parce qu’elles nous replacent immédiatement dans une ancienne version de nous-mêmes. Comme celui qui rassure tout le monde, celle qui fait rire, celui qui dit toujours oui, celle qui écoute pendant deux heures les problèmes amoureux de quelqu’un et rentre ensuite chez elle avec la sensation d’avoir effectué un service après-vente émotionnel…
Sachez que vous AVEZ LE DROIT d’écouter cette envie de silence sans immédiatement conclure que vous êtes devenu misanthrope. Le silence est parfois simplement le refuge où l’on recommence à entendre ses propres goûts sans être pollué par les autres (la définition du luxe ?)
Le piège : décider de refaire toute votre vie mardi prochain
Évidemment, une fois que tout commence à sembler faux, une idée arrive très vite : tout changer. Quitter votre boulot, quitter votre conjoint, quitter Paris, ouvrir une maison d’hôtes au Portugal alors que vous détestez recevoir des gens chez vous.
Certaines de ces idées seront peut-être excellentes… attendez juste qu’elles résistent un peu au temps ! Écrivez les grandes décisions que vous aimeriez prendre tout de suite maintenant, regardez si elles vous semblent toujours justes deux semaines plus tard.
La plupart des vérités importantes supportent bien quinze jours !
Commencez par repérer ce qui vous fait du bien après
Pas pendant, mais APRÈS. C’est une distinction assez utile. Explication :
Il existe beaucoup de choses agréables sur le moment qui nous laissent étrangement vides ensuite : scroller une heure, revoir quelqu’un que l’on sait mauvais pour nous (l’un des signes de la dépendance affective), accepter un dîner parce qu’on avait peur de rater quelque chose.
À l’inverse, certaines choses demandent un petit effort et nous laissent beaucoup mieux après : marcher, voir une personne précise, cuisiner, danser, travailler sur quelque chose qui nous intéresse vraiment, passer deux heures seul.
Pendant une semaine, observez simplement cela, et demandez-vous : après quoi est-ce que je me sens davantage moi-même ? La réponse est souvent beaucoup plus instructive qu’un test de personnalité en 72 questions.
Arrêtez de vous demander ce que vous devez faire « de votre vie »
Personne ne trouve une bonne réponse à une question aussi énorme. Essayez plutôt : qu’est-ce que je continue à faire uniquement parce que j’ai toujours fait ça ?
Puis : qu’est-ce qui me manque depuis longtemps ?
Les réponses ne ressemblent pas forcément à une révélation spirituelle.
Peut-être que vous avez besoin d’un travail moins prestigieux et de davantage de temps. Peut-être que vous avez besoin de voir certains amis moins souvent. Peut-être que vous voulez recommencer à dessiner, partir seul trois jours quelque part ou arrêter de raconter votre vie à quelqu’un qui n’en prend jamais soin.
Une existence change souvent à partir de préférences minuscules auxquelles on recommence enfin à accorder du crédit.
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Combien de temps dure une nuit noire de l’âme ?
Il n’existe aucune durée universelle, puisque la nuit noire de l’âme n’est pas un processus défini scientifiquement. Le repère le plus utile reste l’évolution de votre état : est-ce que certaines choses recommencent progressivement à avoir du sens, à susciter de l’intérêt ou à donner envie d’avancer ?
Et si vous ne savez toujours pas ce que vous voulez ?
C’est normal. Le passage le plus inconfortable est souvent celui où l’ancienne version de votre vie a cessé de vous convaincre et où la suivante n’existe pas encore. Certains textes spirituels parlent d’un « désert », d’une page blanche après l’effondrement de ce qui existait auparavant.
Une page blanche a un défaut assez évident : elle ne vous dit absolument pas quoi écrire. Alors, pendant quelque temps, faites plus petit.
Dormez correctement. Mangez. Marchez. Voyez les gens auprès desquels vous n’avez pas besoin de faire semblant. Faites moins de choses qui remplissent artificiellement chaque silence. Et notez les envies qui reviennent (sur ce journal bien-être par exemple). Vos notes vous permettront de réaliser que vous n’avez peut-être pas perdu le fil, mais êtes peut-être tout simplement arrivé à l’endroit où l’ancien scénario s’arrête…
Dans la tradition spirituelle, c’est ainsi que l’on retrouve sa direction : en prêtant attention à ce qui recommence spontanément à nous attirer, même lorsque cela paraît minuscule ou sans importance. Et si le message de la nuit noire de l’âme, c’était justement d’apprendre à tendre l’oreille chaque jour, à chaque instant ? Et d’honorer la direction « l’Inspiration » (oui avec un I majuscule) : cette bénédiction sous-cotée que personne ne nous a jamais vraiment appris à écouter.
