6 000 euros la semaine : j’ai testé le jeûne à Buchinger, la clinique de luxe culte en Europe
Six jours sans manger à la clinique Buchinger, en Allemagne, où la semaine coûte plus de 6 000 euros. J'ai voulu savoir ce que le luxe changeait au jeûne.
Par Gloria Delcourt13 août 2026
Six jours de jeûne dans une clinique allemande au bord du lac de Constance avec mon mec : des randos au lever du jour, des bouillons, une infirmière qui m’emmaillote chaque après-midi avec une bouillotte sur le foie, une piscine, et une vue indécente. Sur le papier, le jeûne Buchinger ressemble à une punition pour gens très riches. J’en suis sortie six kilos plus légère et surtout avec une sensation presque oubliée : l’énergie et la vitalité d’une enfant.
Je suis arrivée à la clinique Buchinger Wilhelmi avec mon copain en plein mois d’août, dans une chambre avec vue sur le lac de Constance, cette énorme étendue d’eau posée entre l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche. En guise de cadeau de bienvenue, on a reçu une prise de sang.
Buchinger a beau ressembler à un très bel hôtel où tout le monde aurait mystérieusement renoncé au petit déjeuner, l’établissement reste une clinique : bilan biologique, consultation à l’arrivée, présence infirmière 24 heures sur 24, deux rendez-vous avec le médecin au cours du séjour et soins adaptés à chaque patient.
Mon bilan sanguin m’a d’ailleurs réservé une petite humiliation : j’étais basse en vitamine D alors que nous étions au cœur de l’été et que je rentrais d’une semaine en Grèce. J’avais donc réussi à passer plusieurs jours sous le soleil méditerranéen sans obtenir le résultat que mon organisme était censé produire gratuitement.
Le médecin m’a expliqué mes analyses, puis nous avons organisé la cure : un jeûnemédicalement supervisé, avec eau minérale et tisanes à volonté, bouillons de légume le soir, jus frais, activité physique… Plusieurs soins étaient également compris dans le séjour, notamment des massages, auxquels s’ajoutaient des séances de yoga, l’accès à la salle de sport et à la piscine, ainsi que des bains Kneipp, une forme d’hydrothérapie fondée sur l’alternance d’eau chaude et d’eau froide pour stimuler la circulation.
Le prix, lui, avait quelque chose de délicieusement paradoxal : un peu plus de 6 000 euros pour six jours par personne, afin de bénéficier essentiellement du privilège de ne presque rien manger. On pourrait croire que cela rend l’expérience absurde ; en réalité, dès le deuxième ou troisième jour, on comprend que l’on ne paie évidemment pas les calories mais tout ce qui est organisé autour de leur disparition, la chambre face au lac, les examens, les médecins, les infirmières, les soins, la piscine, les randonnées, le silence, et surtout cette délicieuse sensation de ne plus rien avoir à décider.
Avant le grand calme, il y a quand même la purge
Buchinger n’a jamais prétendu que le glamour serait continu. Le jeûne commence par une journée de préparation alimentaire légère puis, traditionnellement, par une vidange intestinale à l’aide d’un laxatif osmotique, notamment le fameux sel de Glauber, du sulfate de sodium dilué dans de l’eau. Dans le protocole publié par les chercheurs de la clinique, cette étape précède plusieurs jours avec environ 200 à 250 calories quotidiennes sous forme de jus, de bouillon servis chaque soir au restaurant de la clinique, parfois d’un peu de miel, avec eau et tisanes à volonté.
Assez vite, la nourriture cesse progressivement d’occuper l’espace mental qu’elle occupe normalement. On imagine avant de partir que l’on va passer six jours à penser à un croissant ; en pratique, la faim change après les premiers jours. Dans l’étude observationnelle menée à Buchinger sur 1 422 participants ayant jeûné entre quatre et vingt et un jours, la très grande majorité déclarait justement ne pas souffrir de faim pendant la cure.
Quand le corps se branche sur sa propre graisse
En clair, quand on arrête presque totalement de manger, le corps doit trouver son énergie ailleurs. Il commence par vider ses réserves de sucre, le glycogène. Puis il change de carburant : il va chercher dans la graisse stockée, la décompose et le foie en transforme une partie en corps cétoniques. Ces cétones passent dans le sang et servent alors de carburant à plusieurs organes, notamment au cerveau. C’est ce basculement vers les graisses qui explique une partie de la perte de poids observée pendant un jeûne prolongé, généralement autour de 2 à 10 % du poids initial selon sa durée et les individus.
C’est probablement ce qui m’a le plus étonnée : comme je me nourrissais de mes propre cétones, je n’étais pas une épave. Je marchais, je nageais, je faisais du yoga, et je me sentais même par moments incroyablement claire et légère, ce qui est déroutant quand toute notre culture nous répète depuis l’enfance qu’il est impossible de commencer correctement une journée sans avoir au moins mangé quelque chose.
Randos, bains froids et passion tisane
Chaque matin, il y avait une randonnée. Très tôt, vers six heures, on quittait la clinique pour marcher autour d’Überlingen, avec le lac en dessous et cette lumière d’été nourrisante.
Une journée peut contenir une marche, un cours de yoga, un massage, quelques longueurs dans la piscine, une tisane et une sieste. La clinique associe officiellement le jeûne à l’activité physique, au repos, à la physiothérapie et à différentes approches de médecine intégrative. J’ai pour ma part choisi une hydrothérapie du côlon, histoire de pousser le grand nettoyage jusqu’à la tuyauterie intérieure.
La piscine était magnifique et j’y passais volontiers du temps ; il y avait aussi les installations d’hydrothérapie, avec les fameux bains Kneipp, où l’on alterne les passages dans l’eau froide pour stimuler la circulation. On en ressort saisi, les jambes légères et convaincu d’avoir le système circulatoire d’une jeune Scandinave.
Entre deux activités, des thermos de tisane étaient disposés dans les couloirs en libre-service. Et c’est là qu’on mesure à quel point le jeûne reprogramme rapidement l’échelle du plaisir : dans la vie normale, personne ne traverse un couloir avec enthousiasme parce qu’il vient de découvrir une nouvelle tisane. Après plusieurs jours sans manger, un thermos goût verveine devient pratiquement une ouverture de restaurant.
À 11 heures arrivait la bouillotte sur le foie, mon rendez-vous préféré avec la médecine allemande
Tous les jours, une infirmière venait m’emmailloter dans une serviette avec une bouillotte posée sur le foie : le fameux liver pack. Une sorte de sieste médicalisée pour foie surmené. La chaleur augmente localement la circulation sanguine et favorise la détente. Chez Buchinger, ce rituel accompagne le repos digestif et le travail métabolique du foie pendant le jeûne. Car pendant que je dors sous ma bouillotte, mon foie, lui, bosse : il puise dans les graisses et les transforme en corps cétoniques pour fournir de l’énergie à l’organisme.
Personnellement, je n’avais aucune idée de tout cela lorsque l’infirmière posait la bouillotte. Je savais seulement que j’avais vingt minutes pendant lesquelles il était officiellement recommandé de rester allongée avec quelque chose de chaud sur le ventre, et je trouvais que la médecine avait parfois d’excellentes idées.
J’ai perdu six kilos, et retrouvée mon énergie d’enfant
Au bout de six jours, la balance affichait environ six kilos de moins. Évidemment, je n’avais pas perdu six kilos de graisse : au début, le corps vide ses réserves de sucre et perd beaucoup d’eau avec, puis il commence à brûler davantage ses graisses. Et il essaie en parallèle de préserver ses muscles en utilisant de moins en moins leurs protéines comme carburant.
Autophagie : quand le corps se nourrit de lui-même
Le jeûne stimule aussi l’autophagie, littéralement le fait que les cellules « se mangent elles-mêmes ». Quand elles manquent de nutriments, elles démontent et digèrent certaines de leurs propres parties abîmées ou devenues inutiles, puis en recyclent les composants. En gros, elles font le ménage en mangeant leurs propres déchets.
Dans l’étude de 1 422 personnes menée à Buchinger, le poids, le tour de taille et la pression artérielle ont diminué pendant le séjour, avec également des changements de plusieurs marqueurs métaboliques et une amélioration déclarée de certains problèmes de santé préexistants. Ces résultats ne prouvent pas que six jours de jeûne constituent une potion de longévité, mais ils rendent l’expérience beaucoup plus intéressante que le simple chiffre affiché sur la balance.
D’autant que, dans mon cas, ce dont je me souviens le mieux n’est finalement pas d’avoir été plus mince, mais d’avoir retrouvé l’énergie et la vitalité d’une enfant. Un rajeunissement ressenti à 100 %, presque miraculeux.
Le vrai luxe était peut-être de n’avoir plus rien à digérer, au sens propre comme au figuré
J’étais partie en couple, donc je n’étais pas seule dans cette étrange parenthèse, ce qui rendait l’expérience encore plus singulière : pendant quelques jours, notre vie à deux ne tournait plus autour de la question pourtant fondamentale de savoir où déjeuner, ce qu’on allait commander le soir ou si quelqu’un avait envie d’un verre. Il n’y avait presque plus de nourriture, presque plus de décisions pratiques, et énormément de silence.
Je crois que c’est ce mélange que l’on sous-estime lorsqu’on parle des effets du jeûne. Bien sûr, il se passe des choses mesurables dans l’organisme, la glycémie se modifie, les cétones montent, le corps utilise davantage ses réserves, la tension peut baisser et le poids aussi ; mais il se passe simultanément quelque chose de beaucoup plus simple, on cesse pendant quelques jours de faire subir au système nerveux la quantité habituelle de bruit, de sollicitations, de repas lourds, d’alcool, de travail et d’obligations.
La clinique est calme d’une manière presque irréelle, on marche le matin, on regarde le lac, on nage, on dort lorsque l’on est fatigué, et personne ne trouve étrange que votre programme de l’après-midi soit un massage suivi d’une tisane.
Et puis vient le jour où l’on vous redonne à manger
La reprise alimentaire fait partie intégrante du protocole Buchinger, et heureusement, parce qu’après plusieurs jours de jeûne, ressortir de la clinique pour célébrer ça avec une pizza quatre fromages serait physiologiquement assez conceptuel. La nourriture est réintroduite progressivement, avec des repas végétariens légers et une augmentation graduelle des calories.
C’est peut-être l’un des effets les plus intéressants du séjour : on redécouvre la valeur de la nourriture. Après six jours sans vraiment manger, une pomme n’est plus un snack vaguement sain : c’est un événement divin.
Je pensais en arrivant que six jours sans manger seraient une épreuve ; j’ai découvert presque l’inverse, une semaine incroyablement douce où le corps était certes mis à l’épreuve, mais où tout le reste était organisé pour le laisser tranquille.
Je suis repartie avec six kilos en moins, mais ce chiffre a fini par devenir presque secondaire face à la sensation que j’avais retrouvée : celle d’avoir dormi suffisamment, respiré suffisamment, marché lentement en me nourrissant de la vue et des odeurs de la nature, et, pendant une semaine, d’avoir interrompu une quantité de choses dont je ne savais même pas qu’elles me fatiguaient.
Alors oui, Buchinger coûte extrêmement cher pour un endroit où l’on vous nourrit essentiellement de tisanes et de bouillon, mais des années plus tard, je ne me souviens surtout de cette impression presque insolente d’avoir retrouvé une énergie que je croyais disparue.
Et c’est précisément le problème avec Buchinger : une fois qu’on a payé plus de 6 000 euros pour ne pas manger, on comprend très bien pourquoi on aurait envie de recommencer.